Dans la France de la fin du XIXe siècle, l’organisation du sport « à l’anglaise », par le biais de clubs, est avant tout affaire de riches, bourgeois et aristocrates. Fondé en 1882 par des élèves du lycée Condorcet, le Racing Club est entré dans l’histoire du sport français en sortant de la classe. Les lycéens s’adonnent à l’époque à la course à pied dans la grande salle de la gare Saint-Lazare. Afin de bénéficier d’un lieu d’entraînement en rapport avec leurs ambitions, ils décident de monter un club, à la base dédié à l’athlétisme. Le baptême à lieu en 1885. Le club devient alors omnisports, adopte une section rugby qui deviendra officielle en 1890, et le nom de Racing Club de France. Preuve que leurs volontés et leurs démarches pour bénéficier de conditions optimales pour s’entraîner étaient légitimes, ils obtiennent de la mairie de Paris la concession du Parc aux Biches, niché au cœur du Bois de Boulogne, alors équipé d’une piste en herbe et d’un chalet servant de vestiaire. Un an plus tard, le 26 février 1886, le centre de la Croix Catelan né et devient l’un des lieux de rendez-vous les plus huppés de Paris, symbole de l’exclusivité et de l’aristocratie de la capitale. C’est dans ce cadre champêtre que va se construire et grandir la fougue au combat qui caractérise alors les 1000 adhérents du club. Des années plus tard, des générations de gentlemen en crampons auront porté haut et fort l’idée qu’elles se faisaient du sport. Avec eux, l’impertinence et l’humour sont entrés sur le terrain, contrastant avec le conservatisme de l’époque. L’histoire du Racing est donc une histoire d’hommes, de dirigeants, d’entraîneurs, de joueurs mais aussi de supporters qui ont su perpétuer, au fil des ans, l’esprit du club. A cette époque, le Racing Club de France est l’un des seuls clubs omnisports français et les succès rencontrés par ses adhérents et l’image que véhicule le club vont permettre de développer le mouvement sportif français.
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De son glorieux héritage, le Racing a gardé un nom, une stature, une ambition. Le travail, l’effort, la combativité, vertus inhérentes aux réussites d’hier et d’aujourd’hui y côtoient une sorte de légèreté élégante et joyeuse. La French Attitude, mélange de fair play, de solidarité et de convivialité, y trouve sa raison d’être, sa terre d’expression. Le Racing est le symbole de ce rugby « sport de voyoux, pratiqué par des gentlemen », un club d'inspiration très britannique, attaché à « l'esprit sain dans un corps sain », et fréquenté à l'origine par les classes aisées, voire aristocratiques. ?La grande dimension de l’« esprit Racine » est son attachement aux valeurs les plus pures du sport, l’esprit de compétition, la noblesse de l’effort, le respect de l’adversaire et l’amateurisme. Soucieux de maintenir l’esprit du jeu, le Racine club de France s’investit dans cette voie à la fin des années 1920, alors le rugby français souffre de la violence sur les terrains, de matchs fermés et d’un professionnalisme qui ne veut pas dire son nom. Champion de l’esprit amateur, il lance le Challenge Yves du Manoir pour répondre à cet idéal. Yves du Manoir symbolisait alors le côté romantique du rugby, sa dimension ludique et libre, celle du jeu pour le jeu. Invités par le Racine Club de France, les participants n’y avaient aucune pression relative à une éventuelle relégation. Afin de favoriser une fois de plus le jeu, les règles interdisaient de tenter les coups de pied placés. Paradoxalement, le Racine ne gagnera jamais « son » challenge. Chantre de l'amateurisme, du jeu à tout prix, le club au légendaire maillot ciel et blanc marquera alors par sa vision du jeu l'évolution du ballon ovale. Les années passent, et l’état d’esprit prôné par les valeurs du Racine Club de France perdurent. Pourtant, au milieu des années 80, une bande de joyeux compères, aussi fantasques que doués, va faire trembler les fondations du traditionnel club parisien et le hisser au sommet du championnat de France. Grâce à eux, et avant les spectacles et les pom-pom girls, le Racing Club de France avait déjà pris le virage de la nouveauté. Le "show-bizz" de Franck Mesnel, Jean-Baptiste Lafond, Eric Blanc, Philippe Guillard et Yvon Rousset était né. Dans le mythique stade de Colombes, ils ont redonné des couleurs aux Ciel et Blanc. Loin des clichés du rugbyman guerrier, ils vont oser et surprendre. Au palmarès de leurs facéties : un match joué à Bayonne, club où il ne faisait alors pas bon se déplacer, avec un béret basque vissé sur la tête ; une rencontre en révolutionnaire vêtu d’un short long bleu, blanc, rouge et d’un chapeau phrygien ; un quart de finale de championnat de France où les arrières arrivent sur le terrain en blazer, puis la demi où certains s’affichent avec des crampons dorés, un match à Toulouse où la moitié de l’équipe dispute le match grimé de peinture noire de la tête aux pieds…Ces hommes avaient des idées claires, souvent folles, mais ils incarnaient également le « french flair », démarrant des contre-attaques dans leur en-but, se lançant dans des envolées improbables. ?Point d’orgue de leur numéro, la finale 1990 au Parc des Princes face à Agen. Entrée des équipes, et les cinq compères débarquent avec un nœud-papillon rose autour du cou. S’il n’y avait que ça… A la mi-temps, Yvon Rousset, remplaçant, apporte à ses coéquipiers le champagne sur un plateau d’argent vêtu d’un short et d’un blazer, mais avec les crampons au pied. Résultat : un Bouclier de Brennus au bout de la coupe, dernier titre du Racing en première division.
Le 5 mars 1892, le projet d'un défi pour un championnat interclubs est lancé. "Les sociétés qui voudront y prendre part devront en informer le secrétaire du comité avant le 8 mars, 5 heures du soir. Il est donné pour le match une coupe de défi : l'association victorieuse en aura la garde pendant un an." Tel était le discours tenu par les responsables de cette nouvelle compétition, où l'on fait d'ailleurs allusion au futur Bouclier de Brennus.N'ayant reçu que les seules candidatures du Racing Club de France et du Stade Français, la date de la finale est avancée au 20 mars. Le succès dépasse tout ce qui s'est vu jusque là. Pas moins de 2000 personnes s'entassent autour de la pelouse de Bagatelle où le match est organisé. ?A 15h, le juge arbitre, qui n'est autre que le Baron de Coubertin, siffle le coup d'envoi. 2 heures plus tard et un essai d’Etienne de Palisseux transformé par Carlos Gomez De Candamo et un tenu de Frantz Reichel, le Racing Club de France est le premier champion de France de l’histoire du rugby français en battant le Stade Français 4-3. L’année suivante, les Stadistes prennent leur revanche (7-3). Le Racing termine deuxième de la compétition disputée sous forme de championnat en 1898, avant d’être sacré à deux reprises, en 1900 et en 1902, face au Stade bordelais. Enfin, il s’incline en finale contre le Stade toulousain en 1912. Il remporte par la suite la Coupe de l'Espérance, qui fait office de championnat pendant la Première Guerre mondiale en 1918, puis participe à la première finale d’après-guerre, qu’il perd contre le StadocesteTarbais. 28 ans plus tard et près de trois décennies vierges de palmarès, le Racing Club de France dispute sa 8e finale. Ce jour de 1957, le FC Lourdes, pour qui cela devient une habitude, l’emporte par 16 à 13 et prive le Racing de son 4ème titre. Le taux de réussite du Racing Club de France en finale reste par ailleurs plutôt faible : seulement 3 finales remportées sur les 8 disputées. 2 ans se sont écoulées et le rapport finales disputées/ finales remportés va évoluer favorablement en faveur des Ciel et Blancs. 24 mai 1959, Parc Lescure. Sous la houlette du Landais Michel Crauste et de la légende François Moncla, le Racing va renouer avec la joie d’être champion de France. Avec neuf joueurs internationaux et les frères Boniface au centre de l’attaque, le Stade montois était pourtant le favori logique de la finale. Mais le bouclier de Brennus prit le dimanche soir le train de nuit pour Paris et le Racing pouvait fêter comme il se doit son 4eme titre de champion de France. 1990 : Mandela est libéré de prison, la France est désormais reliée à l’Angleterre par un tunnel, la République démocratique allemande intègre sa voisine fédérale et unifie l’Allemagne et le Racing Club de France est a nouveau champion de France, 21 ans après le titre de 1959. Le 26 mai 1990, au Parc, la « bande à Mesnel » crée la sensation et, une fois de plus, se distingue en jouant la finale en nœud papillon rose. Yvon Roussel, blessé participera à la fête en apportant du champagne sur la pelouse à la mi-temps. Le Racing Club de France allait redevenir champion et le rugby allait changer d’ère…