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Intérieur Racing avec... Pascal Valentini

Intérieur Racing avec... Pascal Valentini

Publié le 16/08/2012

À nouvelle saison, nouvelle plongée au cœur du Racing Metro 92. Intérieur Racing vous propose de découvrir au plus près le staff technique Ciel et Blanc. Pour ce premier épisode, rencontre avec Pascal Valentini, responsable de la préparation physique du club francilien, qui détaille la période cruciale de l'avant saison.

 

 

Pascal, pour toi qu’est ce que la préparation physique ?

 

C'est l'une des composantes incontournable du sport de haut niveau et du rugby en particulier. Aujourd'hui, l'on ne peut concevoir d'être compétitif à un très haut niveau sans avoir des joueurs qui soient physiquement prêts.

 

La préparation physique des joueurs débute dès les vacances de ces derniers. Leurs avais-tu demandé des choses particulières durant l'inter-saison ?

 

C'est un processus continu, qui se déroule sur plusieurs années. Ce n'est pas simplement un programme durant les vacances, à l'inter-saison, mais c'est une construction. Le joueur et l'équipe se construisent d'années en années par le biais de la préparation physique. Il y a des cycles. Notamment lorsque le joueur est très jeune. Alors il peut assumer de grosses charges de travail, développer et optimiser ses qualités physiques. Ensuite, avec l'âge, ce sera une période où l'on stabilisera davantage les acquis. On ne fait pas le même travail avec les jeunes qu'avec un joueur approchant la trentaine. Mais un joueur, quelque soit son âge, sait pertinemment que l'entraînement reprend avec des tests physiques, dès le premier jour. C'est assez violent. Personne n'arrive de la plage en ayant fait la sieste durant six semaines. Certains ont eu seulement deux semaines de vrai repos pour quatre semaines de préparation. D'autres, les internationaux, n'ont effectué qu'une semaine de reprise.

 

Un joueur de trente ans se connaît davantage, sait se gérer...

 

Un joueur de cet âge là se connaît bien effectivement. Et nous, lorsqu'il arrive au club, il nous faut six mois à un an afin de le découvrir réellement, comprendre comment il fonctionne, ce qui marche bien pour lui, ce qui lui plaît et inversement, quels sont ses points forts et faibles, dans quels secteurs il faudra le faire travailler. Donc il est vrai que lorsqu'un joueur approche la trentaine, qui plus est lorsque nous le connaissons bien, cela permet de cibler ce qui sera important et pertinent pour lui.

 

 

 

« Important de faire un premier bilan avec un nouveau joueur pour connaître ses habitudes »

 

 

 

Lorsqu'un nouveau joueur rejoint le club, t'arrives-t-il de collecter des informations auprès de tes confrères de son ancienne formation ?

 

C'est un peu difficile dans un monde de compétition d'aller à la pêche aux infos. Le départ d'un joueur est souvent mal accueilli par son ancienne équipe. Mais cela dépend. Nous pouvons fonctionner ainsi suivant la relation que nous pouvons entretenir avec le préparateur physique du club duquel il vient. Ce qui est important, c'est de faire un premier bilan avec le joueur et ainsi connaître ses habitudes de travail. Un joueur qui vient au Racing connait la construction qui y a été faites depuis six ans du côté de la préparation physique. Il sait où il met les pieds, sur quels axes de travail nous insistons et de quelles manières. Et chez nous, la force et la puissance, en musculation notamment, sont des axes de travail essentiels.

 

Comment vous organisez-vous avec les coachs sur le plan de la préparation physique qui est jumelée à la phase de rugby durant cette période de préparation ?

 

On défini des cycles de travail. Selon les dates de reprises ce sont des périodes variant entre trois semaines et un mois. Nous allons ensuite coordonner des contenus physiques-rugby de manière à mener, les joueurs individuellement et l'équipe, à leur meilleur niveau pour la reprise du championnat. Ensuite il y a une gestion des charges de travail et des moments de récupération durant le Top 14 faits en fonction de l’instant et du nombre de matchs que les joueurs ont dans les jambes. C'est un vrai travail de coordination.

 

Le Racing a été l'un des derniers clubs de Top 14 a reprendre le chemin de l'entraînement. Cette période de repos était nécessaire ?

 

Le dernier exercice a été très long. Nous avons également une moyenne d'âge dans l'effectif avoisinant les 28-30 ans. Nous avions donc décidé d'avoir un maximum de temps de récupération. Les six semaines de repos étaient nécessaires. Après il ne faut pas interpréter ces six semaines comme des vacances, car dans ce cas c'est énorme. Mais si on analyse cela en terme de récupération ce n'est pas si important que ça. Le rugby est un sport très traumatisant. Il faut à la fois au niveau physique et au niveau mental laisser les garçons se régénérer afin de passer un nouveau cap cette année.

 

 

 

« Un travail spécifique en musculation pour le cinq de devant »

 

 

 

Reprendre tard pour un préparateur physique, est-ce problématique ?

 

Les deux premières années, nous avons effectué des inter-saisons très longues. Il nous fallait effectuer un gros travail de fond. Et puis la saison en Pro D2 démarrait très tard en raison du Mondial 2007 notamment. Depuis trois ans, le Racing connaît les joies d'une qualification pour les barrages ou la demi-finale, il est donc logique de démarrer plus tard. Il faut laisser les organismes récupérer. Nous faisons en fonction de la réalité des saisons passées.

 

Différents types d'entraînements physiques sont effectués lors d'une préparation. Parlons en premier lieu de la musculation.

 

Plus que trois-quarts et avants, nous regardons davantage où en est le joueur, en lui-même, dans son développement personnel. La musculation est faîte pour accroître la force qui sera la base de la vitesse et de la puissance. Ce sera également un élément pour développer la masse, tout cela afin d'imposer sa force et remporter les défis physiques. Aujourd'hui nous faisons entre deux et quatre séances de musculation par semaine, toute l'année, alors forcément les corps se transforment. L'alimentation aidant, un joueur peut gagner quatre-cinq kilos sur ses premières années au contact d'une telle préparation. Après cela se stabilisera. Mais pour ce qui est du cinq de devant, au vu des efforts de mêlées, de mauls, ils ont un travail spécifique au niveau du dos, du cou et des lombaires. Ainsi, pour la première et deuxième ligne, les joueurs ont des exercices bien particulier : du soulevé de terre, du good morning (permet de renforcer la chaîne postérieure), du squat, du travail de renforcement des cervicales grâce à une machine.

 

Quelle est l'utilité des exercices tels que les navettes, une répétition d'allers-retours en course ?

 

Le rugby, c'est une multi-activité. Le joueur changera de direction en permanence. Les courses droites et rectilignes longues, notamment pour les avants, se font rares. Nous sommes davantage dans un rythme d'accélérations, de freinages, de reprises d'appuis. Et ce travail là se développe puis s'améliore en faisant des navettes. Les navettes, c'est une multiplication d'allers-retours pour développer et améliorer le travail cardiaque.

 

 

 

« Sans le travail de repos, un joueur rentre dans du surentraînement »

 

 

 

Ensuite, il y a l'épreuve des côtes, un entraînement souvent redouté par le groupe ?

 

C'est un travail permettant de développer la puissance de course. La capacité à résister à des efforts maximaux sur des durée importantes, de vingt à trente secondes, s'en trouvera nettement améliorée grâce aux courses en côtes. Il y a également un effet de développement musculaire au niveau des cuisses. Dans ce genre d'exercices, le travail pour un avant et un trois-quart se différencie en terme de durée et d'intensité de course. Au contraire de la musculation où l'on se base davantage sur l'âge et la morphologie du joueur, le poste dans les côtes ou les navettes prime. La différence se fait au niveau des vitesses de course que nous leurs demandons. Les trois-quarts ont des courses beaucoup plus longues que les avants.

 

Durant la période de préparation, il y a le stage, un moment essentiel. Cela permet d'avoir les joueurs « sous la main » durant une semaine entière...

 

Il permet d'intensifier le niveau physique, le travail. Le tout dans des conditions idéales. En stage, le joueur est concentré uniquement sur sa préparation, les phases de repos sont beaucoup plus longues. Il n'a pas à se soucier du trajet à effectuer entre son domicile et le centre d'entraînement. Tout est contrôlé, la diététique, la récupération. On s'entraîne trois à quatre fois par jours, c'est idéal ! Tu vies ensemble, tu manges ensemble, il y a cet effet d'émulation ô combien important en début de saison. Tout cela permet au groupe de se surpasser.

 

Le repos est essentiel aujourd'hui et fait partie intégrante de l'entraînement d'un rugbyman professionnel. Quelle est ta position sur cette partie cachée de l'entraînement ?

 

C'est ce qui permet de digérer le travail physique accompli. Sans ce travail, un joueur rentre dans du surentraînement. Et alors, plus tu t'entraînes, plus tu régresses ! C'est tout ce que nous ne voulons pas.

 

 

 

« On ne peut pas risquer la blessure »

 

 

 

Le Top 14 arrive, les matchs amicaux ont eu lieu. Comment fonctionnes-tu à l'arrivée des rencontres ? Y fait-on moins de physique ?

 

Une fois digéré cette grosse période de préparation physique, il va falloir décharger. Le rugby prend alors de plus en plus de place. Les aléas de blessures font qu'il y a sans cesse des joueurs dans ce programme de physique. Mais il y a des qualités que l'on maintient durant toute l'année. Le travail diminue en terme de quantité mais il garde une intensité importante pour être, toujours, en phase avec cette réalité de match.

 

Durant la saison, d’autres périodes de préparation sont programmées afin que les joueurs gardent un niveau physique les amenant à pouvoir faire face aux échéances du Top 14 et de la HCup. Comment sont-elles organisées ?

 

Elles sont soit collectives, soit individuelles. Pour ce qui est des périodes collectives, cela se passe sur une durée plus courte. De deux à trois semaines généralement. Dans ce cas là nous ajoutons une séance de course, nous intensifions la musculation. Ensuite, et c’est en permanence, nous devons faire face à la gestion des joueurs qui ne jouent pas. L’effectif comporte environ trente cinq joueurs et de ce fait tout le monde ne dispose pas du même temps de jeu. Pour les joueurs non retenus, il nous faut maintenir un état de forme pour que, lorsque l’on fait appel à eux, ils soient en pleine capacité de leurs moyens.

 

Un joueur absent durant la quasi totalité de la période de préparation d’avant saison, peut-il, alors qu’il n’a pas effectué les mêmes exercices que ses partenaires, être amené à postuler pour l’entame de la saison ?

 

On fait en sorte de mettre sur le terrain un joueur prêt physiquement. Après, il y a la réalité de la compétition. Si, pour un poste bien précis, il y a une pénurie, alors nous pouvons être amenés à faire évoluer un joueur à seulement 80-90 % de ses moyens. Il est sûr que, en deçà de ce niveau de forme nous ne prendrons pas de risque. Tout simplement pour l’intégrité et la santé du joueur. On ne peut pas risquer la blessure. C’est une gestion de l’effectif.

 

 

 

« Quatre préparateurs physique, ce n’est pas un luxe mais un moyen de pouvoir individualiser le travail »

 

 

 

C’est quelque chose que l’on entend souvent de la bouche des joueurs du Racing. La préparation physique est l’un des gros points fort du club. C’est une satisfaction pour toi ?

 

(Gêné). C’est quelque chose que l’on a construit depuis six ans que nous sommes au club. Les moyens qui nous ont été donné nous permettent de produire et proposer un travail efficace. Oui, on est content mais c’est normal aussi dans un monde professionnel. La performance physique est déterminante dans la performance sportive. Et avoir ces qualités de travail au niveau des infrastructures, du matériel mis à disposition, nous permet d’amener les joueurs à leur meilleur niveau.

 

Pascal, vous êtes quatre préparateurs physiques mis à disposition de l’équipe première, peux-tu nous présenter ton équipe ?

 

Aujourd’hui, la moyenne au rugby est de disposer de trois préparateurs physiques. Nous sommes quatre, Michele Colosio, Robin Ladauge, Laurent Debrousse et moi même. Et aujourd’hui nous ne pouvons que nous féliciter des avancées dans ce secteur. Il y a quinze-vingt ans, un club sur deux disposait d’un préparateur physique, il y a dix ans, tous les clubs en avait un, puis deux il y a cinq ans… Nous avons toujours eu l’ambition de développer ce pôle au sein du Racing. On a la chance d’avoir des gens à la direction du club qui comprennent l’importance de l’investissement. On est quatre et ce n’est pas un luxe mais un moyen de pouvoir individualiser le travail, d’établir des relations privilégiées avec les joueurs, de les suivre au quotidien, quand ils jouent ou ne jouent pas. C’est également une manière d’échanger, de ne pas se reposer sur ses acquis, de pouvoir se remettre en cause. C’est essentiel de débattre, de ne pas être forcément d’accord sur tous les points. Et ce n’est qu’en étant dans le nombre que nous pouvons travailler ainsi.

 

Comment vous répartissez-vous les taches ?

 

Je coordonne les contenus et après réunion avec mes trois collaborateurs, nous choisissons des cycles et thèmes de travail. Ensuite nous nous répartissons le travail : la course, le cardio, la musculation, les joueurs blessés car il y a toujours 10 à 15 % du groupe indisponible, c’est une moyenne. Individuellement ils n’ont pas tous les mêmes besoins. Mais nous ne sommes pas sur des spécificités à savoir un spécialiste de la muscu ou un spécialiste de la course… Non, nous sommes multis-compétents. On échange ces compétences et après nous nous répartissons les rôles. Nous ne sommes pas cloisonné dans un domaine spécifique de compétence.

 

 

 

« Perdre le moins de temps possible, ne pas faire d’erreur et surtout remettre d’aplomb le joueur »

 

 

 

Vous utilisez également énormément le système des GPS, que ce soit lors des séances d’entraînement ou bien dès que vous en avez la possibilité lors des matchs. Quel est le système global des GPS, son but, son utilité et son importance ?

 

C’est un outil qui nous apporte un certain nombre de données qu'il va falloir par la suite analyser, traiter, épurer pour essayer d’en dégager des éléments pouvant être intéressants dans l’amélioration du contenu des séances. Cela va nous donner des données sur des distances parcourues, les temps de repos, les accélérations, les vitesses et le nombre de course. Ainsi nous pouvons quantifier et établir la charge objective de la séance de rugby. C’est un outil supplémentaire pour voir le travail effectué par un joueur.

 

Un gros travail en commun avec les kinés est effectué pour remettre sur pied un joueur blessé, comment vous organisez vous ? Quelle est la frontière entre la kinésithérapie et la préparation physique ?

 

À partir du moment où la blessure d’un joueur n’est pas totalement invalidante, il y a ce gros travail en commun effectué entre les kinés et les préparateurs physiques par rapport à la réhabilitation du blessé : le travail de musculation, de course qu’il peut faire et de quelle manière. Pour exemple, si c’est une blessure du haut du corps, nous allons voir quelle musculation du bas du corps il peut réaliser. Pour savoir tout cela nous allons faire un bilan de sa blessure, voir les interdits et les possibilités. Ensuite nous jugerons le jour idéal pour une reprise physique totale. C’est important de mettre en place toutes ces étapes là pour prendre les bonnes décisions et ainsi perdre le moins de temps possible, ne pas faire d’erreur et surtout remettre d’aplomb le joueur.

 

Quel bilan dresses-tu de cette préparation d’avant saison à quelques jours de l’ouverture du championnat et une rencontre face à Agen ?

 

Les préparations sont toujours bonnes. Aujourd’hui, dans un monde professionnel, avec la qualité que nous avons au club, de part les structures misent à disposition, le centre de la Croix de Berny, les futures au Plessis-Robinson ou lors de notre stage à l’École Hôtelière de Lausanne, on se doit et nous ne pouvons que réaliser une bonne préparation ! Après, la réalité, c’est le match. Jusqu’à ce week-end, nous n’avions aucun blessé dû à la préparation donc c’est une chose positive. Il y a eu une réelle progression durant les quatre premières semaines de préparation au niveau de la qualité et des résultats. Cela témoigne d’un très bon travail fait par le groupe. Un élément déterminant vient s’ajouter à tout cela : c’est l’évolution de quatre ou cinq jeunes qui ont pris une toute autre dimension physique après une année d’adaptation, soit parce qu’ils venaient d’un autre club ou bien parce qu’ils étaient encore au Centre de Formation. Et aujourd’hui ils deviennent vraiment concurrentiel au niveau physique pour jouer dans le Top 14.

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Vos réactions

Le 21/08/2012 par CAMBRIDGE
L'exposé de P Valentini sur le suivi physique de chaque joueur du Racing est aussi remarquable que les structures que le Club lui a mis à disposition dans ce but . Dés lors par contre on est un peu surpris devant un tel luxe de moyens et de d'attentions individuelles , de constater qu avant que la saison ait débuté on puisse déja enregistrer une douzaine de joueurs sur le flanc ? La plupart de ces indisponibilités étant justement dues au fait de l entrainement de reprise ???

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