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Le laboratoire du Racing - Volume 1

Le laboratoire du Racing - Volume 1

Publié le 11/05/2010

Simone Santa Maria, responsable de la cellule vidéo du Racing depuis 2007. (Crédit: Panoramic)

 

Venu rencontrer Florent, Yoann et Nicolas, membres de la cellule vidéo du Racing-Métro 92 dirigée par Simone Santa Maria, Ludovic Ninet a livré sur le blog Rugbyconnection.com un reportage très intéressant sur cette cellule méconnue du club francilien. En voici la première partie, intitulée "L'étude du haut niveau et de l'arbitrage".

 

 

 

Pour son retour dans l’élite, le Racing-Métro est parvenu à se qualifier pour la prochaine Coupe d’Europe et les barrages d’accession aux demi-finales du Top 14. Une des clés de cette réussite : la cellule d’analyse statistique et vidéo de pointe que Pierre Berbizier a fait développer au cœur de son projet sportif.
 

Maître d’œuvre : Simone Santa Maria, jeune Italien de 30 ans qui fut son analyste vidéo avec l’équipe d’Italie. Santa Maria gère quatre autres personnes. Qui filment, visionnent, analysent, saucissonnent les images et filtrent les données. « L’idée était dès le départ de confronter notre ressenti terrain à une analyse objective, explique Berbizier, d’étudier les niveaux de compétition vers lesquels nous nous projetions ainsi que l’élément incontournable qu’est l’arbitrage. »


La genèse. Le départ, c’était il y a deux ans et demi en Pro D2. Et comme tout au Racing Métro, le Racing Lab, c’est ainsi qu’ils ont nommé cette cellule, a grandi. Aujourd’hui, il occupe deux grands bureaux à l’étage des préfabriqués installés Croix de Berny, à Antony. L’un et son « mur » de télés, l’autre pour Simone Santa Maria. Et ça dérushe. Et ça tapote sur les claviers d’ordinateurs portables pour remplir les fichiers Excel. « On a monté notre propre dispositif d’exploitation des données qu’on fait évoluer en permanence, explique Santa Maria. Je ne voulais pas d’un logiciel standardisé dans lequel on s’enferme. »


Berbizier et cet ancien joueur de première division italienne, qui a roulé sa bosse en Afrique du Sud à l’Université de Stellenbosch ou en Australie dans le club de Randwick, se sont connus en Italie. Santa Maria était analyste vidéo des -21 ans. Puis Berbizier l’enrôla, ils passèrent deux ans avec la Squadra Azzurra jusqu’au Mondial 2007 et finirent par imaginer ce qu’allait devenir le Racing Lab. « Par sa compétence et son enthousiasme, Simone m’a donné envie d’aller plus loin dans le domaine de l’analyse, raconte Berbizier. Je suis un éternel insatisfait donc on peut encore améliorer ce système mais il évolue bien et apporte des repères intéressants. » Santa Maria nous les détaille en deux volets : aujourd’hui, l’étude du haut niveau et de l’arbitrage, demain l’étude du jeu de l’équipe pro et de ses adversaires.


Etude du contexte et du haut niveau. « Un des mots clés de notre cellule est l’anticipation : toujours avoir un coup d’avance dans l’évaluation de l’évolution du rugby, le nôtre et celui qui nous entoure : le contexte. On veut maîtriser le championnat dans lequel on joue mais aussi aller le plus loin possible dans notre approche du haut niveau pour comprendre ce vers quoi nous devons tendre. Nous étudions donc jusqu’au niveau des tests internationaux. Lorsque nous étions en Pro D2, nous regardions déjà le Top 14 puisque nous avions l’ambition d’y accéder. Cela nous a permis de voir par exemple qu’en moyenne les équipes gagnaient quasiment 80% de leurs ballons en conquête, que le temps de jeu effectif était de 37 minutes en Top 14 contre 33 pour nous en Pro D2. On savait donc quoi travailler. Cette année, nous avons étudié la H Cup pour la saison prochaine. Ainsi, on connaît déjà la compétition avant même de la jouer, ses standards et ce qu’on devra demander aux joueurs pour bien y figurer. Quatre à six matches de haut niveau sont étudiés chaque semaine, en plus de ce que nous faisons sur notre propre jeu.


D’autres exemples de ce qu’on peut apprendre et de l’influence que cela peut avoir sur nos objectifs de jeu. En Top 14, 65% des points sont marqués à la suite d’une phase de conquête. Dans les Six Nations, 55% des points viennent des phases de récupération. C’est presque l’inverse. Les phases de conquête sont tellement structurées au niveau international qu’on joue majoritairement les ballons que l’adversaire perd. Comment créer cette pression pour récupérer les ballons ? Comment les exploiter ? Devrait alors suivre le travail de la contre-attaque, du jeu au pied, du replacement… Mais, dans la mise en place de notre projet, on ne pouvait aller directement au travail de la contre-attaque. Il fallait d’abord assurer la conquête, la défense. Néanmoins, c’est intéressant d’intégrer ce paramètre à notre analyse, cela permet aussi de voir comment monter d’un cran une fois nos bases solides.


On remarque aussi que plus tu vas vers le haut niveau, plus une équipe va tester ta capacité à lui mettre une grosse pression défensive sur plusieurs temps de jeu. En D2, une équipe prend la pression sur un temps, elle joue au pied. A l’inverse, au quatrième temps, les Blacks tentent encore à la main. Le Super 14, lui, nous donne des idées pour mettre de l’intensité une fois la ligne d’avantage franchie et sur la capacité à accélérer le jeu. »


Etude de l’arbitre. « Opta, une société anglaise qui produit des statistiques avec laquelle nous travaillons, établit des profils d’arbitres, nous aussi. On peut ainsi savoir sur quels aspects et à quel moment du match tel arbitre est pointilleux ou laxiste. Nous travaillons en fonction de cela aux entraînements, pas en disant aux joueurs que l’arbitre sifflera telle faute mais en les sanctionnant comme il le ferait pour qu’ils intègrent les bons réflexes. Pendant le match, on continue notre étude de son comportement. Soit dans les tribunes quand nous jouons à Colombes, soit au Labo quand on est en déplacement et la personne qui s’en charge me transmet les infos par sms. Cette personne prend note des fautes que l’arbitre sanctionne, où il les siffle et à quel moment. Donc on sait combien de pénalités on prend et de quels types, et je peux dire à Pierre (Berbizier) et Simon (Mannix) qu’il faut lever le pied dans tel ou tel secteur, si on risque un carton, etc. A la mi-temps, on voit le nombre de pénalités pour et contre, on peut donc savoir si l’arbitre va rééquilibrer dans un sens ou dans un autre, s’il faut se faire oublier dans les premières dix minutes de la reprise, etc. »

 

Ludovic Ninet - 05.05.2010
 

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Vos réactions

Le 13/05/2010 par Jacques 40
(Ex joueur, ex arbitre retiré depuis longtemps), admirateur de Lionel Nallet d'une part et supporter de P Berbizier, qui m'ont fait devenir supporter du racing. Je découvre ici ce laboratoire. C'est extraordinaire . Pour moi c'est fabuleux. On est loin du rugby des champs d'antan, mais qu'importe puisque la technologie est mise au service du jeu; du beau jeu, la qualité et l'intensité des matchs que l'on voit tous les week end en attestent.
Le 12/05/2010 par titi91
Salut Ludovic, Mon fils joue depuis 4 ans au Rugby et toute la famille a attrapé depuis le virus rugbystique... Je suis le Racing depuis seulement 2 ans et je suis fasciné par le potentiel de cette équipe et surtout son âme ! Cet article est passionant sur le décodage des ficelles de cette équipe. Je ne pensais que l'on pouvait pousser aussi loin l'analyse des matchs et la quantifier si pertinement pour adapter le jeu... Bravo à Simone et à ses travailleurs de l'ombre qui font que l'équipe ait des résultats ! Une fois de plus, la réussite est dans le détail. Andiamo RACING ! Ciao ! Thierry

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