Tournée - Lo Cicero : 'On ne doit plus nous prendre pour des petits'

Tournée - Lo Cicero : 'On ne doit plus nous prendre pour des petits'

Publié le 05/11/2012

Actuellement avec la sélection italienne pour préparer la tournée qui les verra affronter les Tonga, les All Black et l'Australie, Andrea Lo Cicero et Mirco Bergamasco évoquent le rugby italien et son évolution. Conscients du travail qu'il reste à accomplir, ils abordent sans tabou le rugby de leur pays en constante évolution mais encore en manque de reconnaissance internationale.

 

 

 

Andrea, Mirco, vous affrontez pour cette tournée de novembre les Tonga avant d’enchaîner sur une confrontation avec les All Black puis L’Australie, comment abordez vous cette série de test matchs ?

 

Andrea : On nous a choisi de très bons clients, c’est sûr ! Nous travaillons avec un groupe de trente joueurs pendant trois semaines, ce qui, je l’espère, nous permettra de bien nous préparer. Au niveau du groupe, à part moi, qui suit le plus vieux… Je pense d’ailleurs être le plus vieux joueurs des VI Nations.

 

Mirco : Au niveau du groupe, pour résumer, nous avons d’un côté Andrea qui a 36 ans et mon frère, et de l’autre Tommaso Iannone qui joue a Trévise et qui n’a que 20 ans. Une nouvelle génération arrive mais les anciens sont toujours là pour perpétuer l’esprit de cette équipe. C’est un bon équilibre.

 

 

Cet équilibre, le ressentez-vous un peu plus depuis que le rugby italien s’est réorganisé avec des franchises qui disputent la Ligue Celte ?

 

Andrea : Cela renforce la sélection évidemment, mais ce n’est pas facile non plus pour ces équipes de jouer tous les week-ends et de perdre presque tous les matchs. C’est difficile mais cela viendra…

 

Mirco : Après, il y a deux formations différentes : d’un côté, les Zebre Rugby ne jouent ensemble que depuis quelques mois et sont encore en recherche de leur jeu, et de l’autre, Benneton Rugby qui a un vécu commun plus significatif et qui est en milieu de classement de la Ligue Celte. Quinze joueurs de Trévise sont dans le groupe pour la tournée et leur vécu en club permettra d’être mieux organisés sur nos lancements et notre jeu notamment.

 

 

Le rugby italien évolue donc dans le bon sens. Que lui manque-t-il pour rivaliser définitivement avec les meilleurs ?

 

Mirco : Pour moi, c’est dans les têtes qu’il faut que cela change. Nous avons les capacités sportives de rivaliser avec les plus grandes équipes. Physiquement nous avons rattrapé tout le monde. Il faut désormais nous en convaincre. C’est un travail personnel à faire et qu’il faudra ensuite appliquer au niveau du collectif.

 

Andrea : Il faut du temps mais toutes le choses que nous avons fait pendant des années vont forcément payer un jour. La roue tourne forcément. C’est déjà un peu le cas mais il nous reste encore du travail à effectuer. Si nous avions remporté le match contre l’Angleterre lors du dernier VI Nations (ndlr : défaite 15 à 19 au Stade Olimpico), cela aurait changé beaucoup aux yeux du grand public. Cela aurait été montré que nous pouvons battre tout le monde, surtout après avoir déjà gagné contre la France. Dans tous les cas, nous avons envie de mettre en place notre jeu et mener notre bataille pour remporter nos matchs, contre n’importe qui. La défaite contre l’Angleterre est vraiment dommage car nous commencions à casser cette barrière qu’il y a entre l’Italie et les équipes dites meilleures.

 

Mirco : Nous avons grandit, tous le monde grandit, mais nous en avons assez d’entendre parler du match contre l’Ecosse comme étant le match le plus important de notre Tournoi. Pour les tests de novembre, c’est pareil : tout le monde parle des Black et de l’Australie mais il y a le Tonga à jouer avant. Attention, ils sont douzième au classement IRB et ont battu les Français à la Coupe du Monde.

 

 

Enchaîner des victoires contre des équipes jugées supérieures donc, pour grandir encore ?

 

Andrea : Ce n’est pas uniquement au niveau psychologique que nous devons franchir un cap. Nous devons aussi changer d’image auprès des autres équipes. Il faut que les Anglais, qui sont un peu « snobs », et même les Français et les Gallois ne nous prennent plus pour des petits.

 

 

Vous en avez beaucoup souffert de cette image de petite nation du Tournoi?

 

Andrea: L’objectif a toujours été de jouer pour gagner.

 

Mirco : Je me souviens quand Pierre Berbizier nous a rejoints en 2005. Son discours a de suite été dans le sens du rugby italien. Son message été clair : on n’est pas la meilleure équipe, mais on va le devenir. Il ne disait pas : « on va aller gagner ce match »  mais plutôt « on va aller gagner le respect de cette équipe ». Je pense qu’avec Pierre, nous avons commencé à faire comprendre aux autres équipes qu’elles devaient nous respecter, en commençant par jouer face à nous avec leur meilleure équipe et pas avec leur équipe deux. Mais ceci n’aurait pas pu se faire sans le travail en amont de mecs comme Andrea qui, à la fin des années 90, début 2000, ont fait le sale boulot sans la gratitude du public et des médias pour que l’Italie arrive où elle est aujourd’hui.

 

Andrea : Nous, les anciens, n’allons pas profiter pleinement de tout ce travail. Mais nous écrivons une partie de l’histoire du rugby italien comme les joueurs avant nous qui ont beaucoup essayé et ont même battu la France en 1997. (ndlr : victoire 40-32) Personnellement, c’est clair, ma carrière internationale se terminera à la fin de la saison mais Mirco aura peut-être la chance de profiter de cette récompense pour le rugby italien.

 

Mirco : Une grande partie de notre histoire reste à écrire.  Nous ne sommes au VI Nations que depuis 12 ans.

 

Andrea: En Italie, nous avons le foot qui est omniprésent dans les têtes de tous les Italiens. Le rugby fait d’énormes efforts depuis des années pour récupérer des jeunes. Notre sport se développe bien, est désormais professionnel. Quand je dis professionnel, c’est pour nous les joueurs, pas pour le Fédération. Ce contraste n’est pas bon.

 

 

Que doit changer la Fédération italienne pour être plus en phase avec le professionnalisme ?

 

Andrea: Il faut changer la manière de conduire le rugby italien qui est en place depuis des années, Il faut discuter avec la politique pour lui faire comprendre le besoin de légiférer. L’argent dans le rugby n’a pas de commune mesure avec celui qu’il y a dans le foot. Nous devons nous soucier du statut du rugbyman, surtout à la fin de sa carrière, pour que les jeunes se lancent dans la voie du rugby professionnel plus sereinement. On pourrait imaginer un statut proche de celui des footballeurs.

 

 

Revenons à l’image de l’équipe d’Italie et son évolution. Vous qui vivez en France, comment avez-vous vécu l’analyse qui a été faite de votre victoire contre le XV de France lors du VI Nations 2010 ? Nous parlions plus du jeu des Français que de votre performance.

 

Mirco : Ça nous énervé, c’est clair. C’est bien l’Italie qui a battu la France.

 

Andrea : Nous n’avons pas aimé quelques analyses du match qui disaient que les Français dormaient et que nous en avons profité pour gagner. Ce n’est pas vrai, nous avions en face quinze mecs, plus les remplaçants, plus les supporters français venus nombreux à Rome.

 

Mirco : Pas mal de choses nous ont énervées : « Balade en Italie » qui était dans les journaux le matin. Heureusement, nous l’avons lu après… Après la France a mal joué…

 

Andrea : Non, nous avons mis en condition la France pour mal jouer !

 

Mirco : Nous avons fait le match parfait. Nous sommes capables de le faire et ce match en a été la preuve.

 

 

Cette tournée est formidable pour l’Italie, l’aspect populaire des fêtes organisées autour des matchs, avec trois rendez-vous à Brescia, Rome et Florence et surtout la venue des All Blacks, un peu plus d'un an après leur titre de champion du Monde et un carton plein au Four Nations.

 

Mirco : Là ils doutent, ils ont fait match nul avec l’Australie (rires).

 

Andrea : Nous sommes contents de recevoir les Black pour la fête populaire mais surtout parce que si nous avons une chance sur mille de les battre, c’est peut être maintenant… Si ça arrive, je l’annonce, j’arrête ma carrière dans le foulée (rires).

 

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Vos réactions

Le 05/11/2012 par Rame2
VIVA ITALIA. Si l'Italie gagne ce serait aussiet un peu et grâce au Racing?
Le 05/11/2012 par Flag C&B92
En foot, je ne lis pas la presse italienne quand la France bat l’Italie, mais je suis sûr qu'on retrouve les mêmes phrases que dans la presse française, lors des victoires italiennes en Rugby ! Les progrès de la Squadra Azzura ont été fulgurants en 10 ans, mais ont un peu marqué le pas dernièrement, à mon avis. Sûrement pour reprendre de plus belle très prochainement ! J'ai hâte que l'Italie rejoigne la France et l'Argentine dans les sommets du rugby, car dans ce monde anglo-saxon, abondance de latins ne nuit pas !

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