'Mehdi, on t'aime!'

'Mehdi, on t'aime!'

Publié le 28/08/2009

En cette veille de seconde journée de championnat à Toulon, il faut être sage pour ne pas faire le mur  et rester à l’hôtel avec l’équipe du Racing Métro 92. Ne pas aller, ne serait-ce qu’un instant, embrasser ceux qui attendent à quelques minutes de là seulement : une mère, un père, des frères et des sœurs, une fiancée, des amis et Mohamed Dridi, dit Momo : « Oh Momo, c’est mon cousin, c’est mon frère, c’est  l’homme de ma vie ! ». Tous ceux-là arboraient un drap peint dans les tribunes de Mayol à l’occasion du dernier match amical Toulon-Racing : « Mehdi, la cité Mireille t’aime ! ». Tous ceux-là l’espèrent, ce soir… Mehdi Mérabet, pilier droit du RM 92, est un jeune homme de 24 ans dont la bonté n’a d’égal que la droiture. Pas question de tenter un cadrage débordement avec les consignes d’avant match ! Alors, le minot de la rade passera la nuit à l’hôtel de Mayol, parmi les Ciel et blanc, à quelques feux rouges de la cité Mireille.
 

Immeuble K. 4ème étage. Le monde de Momo et de Mehdi. Oublier clichés et autres images du Journal de 20h. La cité Mireille est plutôt coquette avec ses grands arbres, sa dizaine d’immeubles qui ne dépassent pas cinq étages et ses bacs de géraniums suspendus aux fenêtres. Comme dit Momo : « Ici vivent des marins de tous horizons, des Arabes, des Africains, une famille juive, des gitans et une majorité de Français chrétiens, et tout le monde se dit bonjour ! Quand ma mère descend acheter son pain, elle est voilée mais elle doit traverse la cité et s’exprimer en Français chez le boulanger. On ne vit pas dans un ghetto. On a pas besoin de balançoires ou d’associations, on vit ensemble, c’est tout !  Si nous sommes ce que nous sommes, c’est grâce à cette cité.». Outre Mehdi et Momo, la cité Mireille a été le berceau de grands joueurs du rugby comme Christian Califano, Pierre Mignoni ou David Gérard. Momo n’a pas oublié les retours de David la cité quand, auréolé de son titre de champion de France, il ouvrait son coffre pour distribuer les maillots du Stade toulousain à des gamins émerveillés. « Très vite, on a appris qu’on pourrait vivre avec le rugby, au travers du rugby, mais aussi sans le rugby ! »

 


Mehdi découvre le rugby à l’âge de 13 ans, à un moment de sa vie où le quotidien distribue plus de mauvais ballons que de belles passes. C’est Momo qui a su le convaincre de l’accompagner au club de quartier du Mourillon. Au pied des immeubles, un terrain de sable pas même aux dimensions réglementaires et des poteaux qui s’élèvent vers le ciel, comme une promesse… Pour toute une génération du quartier, le véritable trésor du club est un homme, éducateur bénévole, entraîneur, père de substitution pour certains. Il s’appelait Jean Alex Fernandez et le stade du Mourillon porte aujourd’hui son nom. Quand Mehdi évoque le souvenir de cet homme, un sourire barre son visage : « Alex nous a appris les règles du rugby mais aussi celles de la vie en commun. Il nous aimait comme ses propres enfants. Ses pains au chocolat après les matchs, ses cadeaux à Noël, son amour, c’était vraiment quelque chose pour moi. A la maison, la vie était difficile. Je n’ai pas grandi dans le luxe. J’avais aussi des problèmes de poids et au club du Mourillon, on ne me le faisait pas remarquer. On nous faisait confiance, on nous donnait envie. Pour la première fois, on misait sur nous et on ne voulait pas décevoir. Mes amis sont les mêmes depuis dix ans. On est connus comme des gens droits. J’espère qu’un jour quelqu’un pourra parler de moi comme je peux vous parler d’Alex ! ».
 

Après une première saison sous le maillot vert et noir du Mourillon, nouveau coup dur pour le jeune Mehdi, 14 ans. Tumeurs aux hanches. Un année d’hospitalisation à Marseille. Les deux jambes attachés à des poids. Personne ne peut lui dire s’il remarchera un jour. « J’étais avec des jeunes de mon âge qui, du jour au lendemain disparaissaient de la salle de classe de l’hôpital. Je vous laisse deviner pourquoi… C’est un moment où la foi a pris une place importante dans mon existence. Quand on est dans le pétrin, on prie beaucoup ! Moi, j’ai eu la chance de m’en sortir, la chance de vivre. » Le rugby allait offrir à Mehdi les terrains où exprimer son formidable appétit d’exister. Après cette parenthèse d’une saison à l’hôpital de la Timone de Marseille, Mehdi rejoint Momo qui vient de signer au RCT et découvre Mayol. « A cette époque, les enfants entraient gratuitement s’ils tenaient la main d’un adulte. Nous, chaque week-end, on se trouvait un papa différent pour entrer au stade ! » Un dimanche, assis sur le béton de la tribune Bonnus, du haut de ses quinze ans, Mehdi demande à Momo : « Tu crois qu’un jour on sera là, tous les deux, sur la pelouse ?». Momo répond : « Non ! ». Mehdi et Momo savaient ce jour-là qu’ils allaient tout faire pour porter, ensemble, le maillot de l’équipe première du RCT. Sept ans plus tard, à l’occasion d’un match de coupe d’Europe joué par Toulon à Bucarest, les deux cousins-frangins du Mourillon, transforment leur rêve de minots en réalité. Mehdi, n°3, Momo, n°7, le même brin de muguet du RCT sur le cœur…
 

Sélections en équipe de France A pour Momo et en équipe de France des moins de 21 ans pour Mehdi : « Pour porter le maillot tricolore, on a refusé les sélections avec la Tunisie. Nous sommes Français, nous sommes la jeunesse française ! Nos pères sont venus de l’autre côté de la mer pour faire les sales boulots. En Arabe, ils nous disaient toujours de faire un métier avec nos mains. Bon, on a laissé tomber la truelle et on a appris à faire des passes !… » Passent les saisons, les joies et les désillusions. Momo signe au Biarritz Olympique, brille au cours des 30 premiers matchs, devient le meilleur marqueur des avants du BO, joue aux côté de son ami Betsen, fait à son tour rêver les enfants du Mourillon et se blesse. Mehdi connaît lui aussi des hauts et des bas, il a du mal à trouver sa place dans le RCT nouveau et joue avec les espoirs. Grâce à David Gérard qui venait de passer une saison au RM 92, Mehdi entre en contact avec le Racing et décide de tenter l’aventure. « A Toulon, j’avais été placé trop haut, puis trop bas. Il fallait que je parte. Ma mère était paniquée : elle aurait préféré que je signe en Fédérale 1 et que je reste à ses côtés ! Le Nord, Paris, vous imaginez ? Elle savait qu’à Marcoussis je n’avais pas pu bouger mes doigts à cause du froid… Elle avait peur que je souffre comme dans le passé. A Orly, Philippe Berbizier est venu me chercher et m’a tout de suite parlé de mêlée. Au club, Pierre m’a fait confiance comme Alex l’avait fait dans mon enfance. Je joue, je suis Racingman, pour leur montrer qu’ils ont eu raison de me faire confiance… ».
 

En cette seconde journée de championnat, le RC Toulon bat le Racing Métro 92 par 27 à 13.


Mehdi a joué et Momo était dans les tribunes. Après ses sales blessures, il vient de quitter le Biarritz Olympique et s’apprête à jouer à Marseille, avec David Gérard. « Après mes sélections en France A et mes matchs avec le BO, je n’aurais jamais imaginé devoir évoluer en Fédérale 1, à 26 ans… » . Ce n’est ni à Mehdi ni à Momo qu’on apprendra qu’il il est des moments où l’existence ressemble à une partie de rugby. Pour avancer, passer le ballon derrière. Penser au prochain rebond. Y croire encore. Non, ce n’est pas à ces deux minots de la cité Mireille qu’on apprendra ça ; s’ils sont des rugbymen talentueux, ils sont des hommes plus beaux encore.


Fred.

Toulon, le 22 août 2009

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