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L'envol de Colombes

L'envol de Colombes

Publié le 07/09/2009

Longtemps, les supporters du Racing auront été des veilleurs d’horizon.


Longtemps, ces patientes vigies auront scruté les couleurs de leur club dans le bleu du ciel et le blanc des nuages. Au delà du terrain, nulle autre tribune ne s’offrait à leurs regards. Rien, sinon, le vide.


L’enceinte sportive de Colombes est une vieille dame née à la fin du XIXème siècle. En 1883, c’était un hippodrome. En 1907, le quotidien Le Matin s’en porte acquéreur, le transforme en stade et lui donne son nom. Le Racing Club de France élit domicile au "Stade du Matin" en 1920. Grâce au prestige du Racing et au nombre de ses champions, Colombes sera choisi pour être le stade des Jeux Olympiques de 1924. L’architecte Louis Faure-Dujarric, est le capitaine de l'équipe de rugby du Racing. Le projet initial est de construire un stade olympique de 100.000 places, il en fera 45.000, dont 20.000 assises. Le Racing finance la construction en échange de 50% de la recette des Jeux.


Le 5 juillet 1924, au stade de Colombes, Gaston Doumergue, nouveau président de la République française, proclame officiellement l'ouverture des Jeux olympiques. A ses côtés : le baron Pierre de Coubertin, qui en 1892 a arbitré la première finale du Championnat de France de Rugby, Racing-Stade Français (victoire du Racing par 4 à 3 !). Les jeux de 1924 sont marqués par la suprématie finlandaise des coureurs de fond et de demi-fond. Les « Finlandais volants » raflent 12 médailles. Le tournoi de rugby est remporté par l’équipe des Etats-Unis (et ses joueurs de foot américain) qui battent le XV de France par 17 à 3…


En 1928, le stade est rebaptisé au nom de l’ouvreur du Racing et du XV de France, Yves du Manoir, qui vient de se tuer en pilotant un avion. Passent les années et les décennies, les victoires, les défaites. Rugby, football, athlétisme, le sport toujours dans un registre d’excellence… En 1938, le stade Yves du Manoir accueille la Coupe du monde de football et sa capacité est portée à plus de 60.000 places. Le spectacle est assuré par les Brésiliens, mais en finale, à Colombes, l’Italie conserve son titre en battant la Hongrie par 4 à 2. Le record d'affluence du stade est enregistré à l'occasion d'un match de Coupe des Clubs Champions entre l'Ajax Amsterdam et le Benfica Lisbonne, le 5 mars 1969 : 63 638 spectateurs payants.


1972, construction du Parc des Princes. On y transfère les finales, les matchs internationaux et les rêves des enfants et de leurs pères. On délaisse Colombes. La belle d’antan n’arrive plus à cacher ses rides. Dans les années 80, les trois quarts des tribunes sont interdites au public. Les derniers fidèles seront les rugbymen du Racing et une poignée d’inconditionnels supporters. Finalistes en 1987, champions de France en 1990, les Ciel et blanc avaient l’habitude de jouer à Colombes devant quelques centaines de spectateurs seulement, parfois moins… Le Racingman Philippe Guillard s’en souvient : « A Toulon, ils connaissent tous les noms des joueurs, au Racing, les joueurs connaissent le nom de tous les spectateurs ! ». Les tribunes vétustes d’Yves du Manoir sont rasées au début des années 90. Il n’en reste qu’une, baptisée Tribune d’honneur. Ensemble, le Racing et son stade connaîtront, des années difficiles.


Pendant une vingtaine d’années, il aura manqué une aile à une Colombes blessée.


Ce samedi 29 août marque le jour de son nouvel envol.


Pour le premier match à domicile en Top 14 du Racing-Métro 92, le stade Yves du Manoir retrouve une seconde tribune et une seconde jeunesse. Afin d’accueillir dignement l’Aviron Bayonnais, une foule joyeuse et bigarrée prend place dans les nouveaux gradins. Au vide des dernières saisons répond un flot tumultueux de drapeaux Ciel et blanc. On parle de 10.000 spectateurs ? On découvrira demain dans les journaux qu’il y avait plus de monde à Colombes pour soutenir le Racing-Métro que, le même jour à la même heure, de supporters du Stade Français à Jean Bouin. Que la fête commence ! Musique, maestro !


Il est, dit-on, des signes qui ne trompent pas. Pour les essais de sonorisation qui sont aussi les premiers balbutiements, alors que les joueurs viennent seulement d’entrer dans les vestiaires, le premier titre qui résonne dans les gradins est What de wonderful world (Quel monde merveilleux) de Louis Armstrong.


Quand Pierre Berbizier, dans le huis clos d’avant match, invite ses joueurs à célébrer dignement leurs retrouvailles avec leur stade rénové, Charles Aznavour chante
Emmenez-moi :


Je fuirai laissant là mon passé
Sans aucun remords
Sans bagage et le cœur libéré
En chantant très fort

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles…


Quand l’arbitre siffle la fin du match, la sono enrouée du stade célèbre la belle victoire du Racing-Métro sur l’Aviron bayonnais (18 à 9) en diffusant On ira tous au paradis de Michel Polnareff. Le refrain est repris par la foule en liesse qui lève les bras au ciel.


On ira tous au paradis, mêm' moi,
Qu'on soit béni ou qu'on soit maudit, on ira…


L’équipe du Racing scelle son retour victorieux dans l’élite par un tour d’honneur. Les saisons passées, avec une seule tribune, l’exercice était impossible… A l’abri des caméras, le capitaine du Racing-Métro, Lionel Nallet, offre son maillot à un homme qui n’aura jamais la chance de marcher. Souriant comme un poussin qui vient de gagner son premier match, Jérôme Fillol répond aux questions des journalistes :


- Pour votre premier match de la saison 2009-2010 à domicile, près de 10 000 personnes s'étaient déplacées au stade Yves-du-Manoir. Vous attendiez-vous à un tel accueil ?
- "Je l'espérais fortement. Mais en pénétrant sur la pelouse, j'ai vraiment été surpris par la ferveur et la passion populaire. Aujourd'hui, on ne se sent plus tout seuls. Le Racing-Metro existe désormais à part entière en Top 14. Ce ne sont plus des chimères."


Lors de la cérémonie d’après match, le pilier basque Pierre Dospital et l ‘arrière du Racing Jean-Baptiste Lafond saluent la renaissance du club et la qualité de son jeu. Ils disent aussi leur joie de voir autant de monde à Colombes. On ne pouvait rêver de meilleurs parrains que ces deux illustres joueurs.

En ce jour de fête, après un aussi beau baptême, on rêve déjà de première communion.

 


Fred,
Colombes, le 29 août 2009

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